La fontaine de Tonne

Le chemin et la fontaine étaient autrefois l’accès public et le lavoir de Tonne, où tous les habitants du village allaient pour prendre de l’eau et laver le linge. Ce lieu aujourd’hui calme et solitaire a vu se succéder en un constant va-et-vient des générations d’habitants; très fréquenté, le chemin s’ouvrait à hauteur du village sur un large espace public, véritable cour commune encore visible sur le premier plan cadastral de Vindelle, qui date de 1828.

De ce passé public, le chemin et la fontaine gardent le statut de propriété commune des habitants du village de Tonne. Actuellement chemin de desserte agricole et lieu de promenade très apprécié, le chemin et la fontaine sont balisés dans les circuits de randonné du Syndicat d’entre Touvre et Charente; ils doivent garder cette double vocation agricole et touristique.

La commune a depuis longtemps assuré le dégagement et l’entretien des lieux autrefois envahis par les ronces; une table de pique nique et une poubelle ont aussi été installées, et les bassins nettoyés.

Bien que abrités et à l’écart des communications principales, le chemin et le site de la fontaine ne sont pas à l’abri de déprédations le plus souvent inconscientes. Il suffit de peu de choses pour que le charme de cet endroit soit rompu: la voiture et le bitume en sont les plus grands ennemis. Il faut donc maintenir ces lieux en l’état et garder au sentier son caractère pédestre et de desserte agricole.

Une association de sauvegarde du chemin et de la fontaine de Tonne dénommée « PALISSES » à été créée en janvier 1999. Une réunion a rassemblée les adhérents et tous les habitants intéressés sur les lieux-mêmes, autour d’un apéritif campagnard lors du premier dimanche de septembre. La fontaine a retrouvé là, pour un moment, son animation ancienne et l’engagement a été pris d’y réunir une fois par an tous les amoureux de ce site, nombreux parmi les habitants de Vindelle.

Le site naturel de la fontaine de Tonne correspond à une ligne de sources résurgentes que l’on suit sur le versant de rive droite de la vallée de la Charente; elles correspondent à l’affleurement de la base d’un banc de calcaires argileux du jurassique supérieur. Dans la même situation géologique, on trouve la source de Ladoux à Marsac, la Font Pélerine non loin des Bouchauds, ainsi que plus au sud la Breuillerie et la Pierre Levée sur la commune de Trois Palis.

Comme dans toute hydrogéologie de type karstique, l’eau de la fontaine arrive à l’air libre après un long parcours souterrain; me^me en période d’étiage estival ou de forte sécheresse, la source reste alimentée. Un étroit boyau taillé dans la roche permet d’ailleurs de concentrer les eaux à l’endroit de leur sortie. La concentration très forte de carbonates dans les eaux provoque la précipitation de ceux-ci sous forme de concrétions volumineuses de tufs qui s’avancent dans le bassin supérieur de la fontaine.

L’eau, dans son parcours souterrain, ne draine malheureusement pas que les résidus carbonatés naturels de la roche, mais aussi les nitrates et résidus chimiques du traitement des grandes cultures céréalières qui occupent la surface du plateau. Les périodes d’épandage et de traitement se traduisent toujours par l’apparition, quelque temps après leur passage dans les bassins de la fontaine, s’écoulent dans la vaste prairie qui se trouve légèrement en aval où elles désaltèrent les vaches qui y paissent avant de se perdre de nouveau.

La fontaine constitue également un milieu favorable d’une micro faune d’amphibiens, grenouilles et salamandres, et les talus qui l’environnent voient apparaître chaque année des « pentecôtes », ou « orchis purpurea ».

Le village de Tonne ne fut raccordé à l’eau courante qu’à partir de 1966, la fontaine a donc servit jusqu’à cette époque. Elle fut restaurée en 1992 par les habitants de Vindelle puis en 2001 pour y ajouter le pavement autour.